Journal du conteur

Après la révélation

Immédiate, évidente, du dedans de chaque être et chaque chose la révélation éclate comme un second commencement du monde : les hommes, transcendés de l’intérieur, sont tous soit tués, soit déçus par la vérité, qui a la forme d’un commandement : le plus banal, celui que tout le monde, partout sur terre, enjoint aux enfants d’appliquer sans soi-même y parvenir. Les survivants sont terrassés : ils avaient toujours cru que sa seule énonciation changerait tout, radicalement, d’un seul coup, mais le grand « C’est cela ! » de l’univers, auquel ils ne peuvent pas ne pas croire, fait résonner en eux un « Ce n’est donc que cela ! » infiniment lancinant, qui les laisse hébétés, désespérés. Jusqu’alors rien n’avait jamais été seulement ce qu’il est, mais la révélation fait entrer le monde dans le régime de la clarté, de l’identité absolues, et tout, dès lors, n’est plus que ce qu’il est, ni plus ni moins. Seules taches sombres dans cette transparence, les survivants errent plus pauvres que jamais sur la terre déshumanisée comme par une guerre mondiale — où cependant, pour les choses et tous les êtres moins l’homme, rien n’a changé —, à la recherche de quelque chose qui ait pour eux plus de valeur, ou soit mieux fait pour eux, que la vérité.

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