Journal du conteur

Je me mets tout au bord…

Je me mets tout au bord, pour exister le moins possible. On me pousse et je me serre encore plus, le plus possible, je me tapis dans le recoin, me terre contre le mur du bord, je me rapetisse et me recroqueville, m’efforce de disparaître.

Mais il n’y a ni bord, ni coin, ni personne pour me pousser. Il n’y a que le rebord du monde large ouvert sur le néant, et très loin de l’autre côté de petites silhouettes, sans doute des hommes, les autres, indifférents.

À force de me serrer, d’effroi, contre cette imaginaire paroi, je la fragilise. Bientôt vient l’instant inévitable où l’illusion cède, où du rebord du monde je tombe, dans le néant, sans un cri.

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