Journal du conteur

Quand j’étais petit, me dit mon grand-père…

Quand j’étais petit, me dit mon grand-père peu avant de mourir, les étoiles étaient très proches, beaucoup plus proches, j’aurais presque pu les toucher. Mais je n’ai pas essayé. Plus tard, jeune adulte, je les ai vues s’éloigner. J’ai essayé alors de les attraper pour les retenir, mais il était trop tard, elles étaient déjà trop loin, je battais l’air en vain. Je les ai regardées s’éloigner pendant quelques années, puis, peut-être par dépit, peut-être parce qu’il fallait des nuits toujours plus sombres pour les distinguer alors que je vivais dans des villes aux nuits trop lumineuses, j’ai cessé de les observer, puis même de les chercher des yeux. De temps en temps, par hasard, ou par un vieux réflexe inopinément retrouvé, je levais la tête et les apercevais, surpris : je les avais oubliées. Ça a duré longtemps, la majeure partie de ma vie, mais peu à peu elles me sont revenues. Je ne saurais dire quand elles ont cessé de s’éloigner et commencé à se rapprocher, en tout cas j’étais déjà vieux. Mais c’est surtout ces dernières années qu’elles se sont rapprochées rapidement. Certes elles ne sont pas aussi proches qu’elles l’étaient quand j’étais enfant, mais de toute façon je suis trop faible désormais pour tendre haut les bras, a fortiori pour les tenir levés. Même la tête, même les regards, ce n’est que lorsque je suis allongé que je peux les laisser accrochés là-haut. D’ailleurs je n’ai pas à aller les chercher, seulement à les attendre. Quand elles pleuvront sur moi, tu pourras me fermer les yeux.

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