Journal du conteur

Je lève les yeux, et constate que le piédestal…

Je lève les yeux, et constate que le piédestal autour duquel j’ai tourné pendant toutes ces années est vide : ma vie est partie, lassée, ou morte, ou bien elle a tellement rapetissé qu’elle a disparu. Je m’effondre et, au pied de ma vie, contre le piédestal de pierre, je pleure, anéanti. Je n’ai pas d’autre envie que de mourir. Mais je dois en avoir le cœur net : quand mes sanglots sont secs, je me hisse sur la pointe des pieds et je peux regarder la face supérieure du piédestal : j’y vois un petit caillou. Pour l’attraper, je dois grimper. Au bout de quelques minutes, j’ai réussi à me hisser sur le socle de pierre, et, accroupi, je tiens ce petit caillou au creux de ma main, un petit caillou marron, dur, apparemment quelconque. Je me redresse et jette un coup d’œil à la ronde, à la recherche de ma vie. Mais je n’ai pas d’espoir : si même elle était encore visible, elle ne reviendrait pas : j’ai pris sa place — la mienne.

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