Journal du conteur

Les temps ont changé…

Les temps ont changé : les dieux n’ont plus que Rousseau pour seul guide quand ils séjournent sur terre. Ils tapent à la porte de son ermitage, et il les reçoit sans surprise, avec une bienveillance presque paternelle, comme de vieux amis toujours jeunes. Il leur offre à boire pendant qu’il raconte les derniers événements, puis il les emmène faire la visite. Il leur montre des lapins au loin qui s’enfuient à leur approche ; un brusque mouvement dans les fourrés, c’est une biche, un daim surpris qui détale ; il les arrête et les invite à regarder passer, là-bas entre le arbres, une ourse brune et son petit ; comme ils sont plus jeunes et plus agiles, bien qu’assez graciles et peu enclins aux travaux physiques, il en invite un plus intrépide que les autres à monter à ce chêne pour aller voir dans le trou là-haut les petites mésanges piaillantes ; arrivés à la clairière où il avait prévu de faire une pause, ils cueillent tous ensemble des mûres — les dieux se piquent les doigts aux ronces et rient — puis les mangent au soleil, allongés sur le ventre. Au retour ils s’arrêtent un moment pour ramasser une petite provision de châtaignes, qu’ils font griller et qu’ils dégustent en buvant la tisane qu’il a préparée avec des plantes qu’il a cueillies lui-même une autre fois dans la forêt.

Le soir, après les au revoir et les à bientôt, les dieux remontent, fatigués mais sereins : la terre est belle et il y fait bon vivre.

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